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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/287

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ecclésiastiques, Catherine II, comme une trentaine d’années plus tard notre Assemblée constituante, prétendait n’y porter la main qu’afin d’en faire un meilleur usage « pour la gloire de Dieu et le bien du pays « . Plus heureuse ou plus habile que la Révolution française, la tsarine eut l’art de faire ratifier par le clergé la dépossession de l’Église. Un seul prélat, Arsène Matséiévitch, archevêque de Rostof, protesta au nom des canons de l’Église. Ce petit Nikone fut dépouillé de l’épiscopat. Comme plus d’un des récalcitrants aux volontés autocratiques, il fut déclaré fou ou radoteur (vral), et, à ce titre, enfermé pour la vie dans une prison de Revel. Il y mourut après vingt ans de captivité, et sa mort fut tenue secrète, de peur que les dévots n’eussent l’idée de l’honorer comme confesseur de la foi.

Le clergé séculier, de même que les couvents, a conservé ou recouvré une partie de ses terres. Dans chaque paroisse, le pope a d’ordinaire la jouissance d’un champ ; la plupart des communes lui attribuent une trentaine de désiatines[1]. Les prêtres qui reçoivent un traitement du Trésor sont parfois les mieux dotés de terres. C’est que, dans les provinces de religion mixte, là où il est en concurrence avec le curé catholique, le pasteur protestant ou le mollah musulman, le pope est soutenu par l’État comme un agent de russification. D’après les statistiques du zemstvo de Podolie, les 1350 paroisses orthodoxes de ce seul diocèse se partageaient 80 000 désiatines de champs labourés, rapportant environ 600 000 roubles, et à ces champs venaient s’ajouter des potagers, des prairies, quelques bois.

Les diocèses de la Russie centrale sont souvent moins favorisés. Dans un village du gouvernement de Voronège où j’ai séjourné, à Kourlak[2] sur le Bituk, l’église possédait douze désiatines ; la moitié, c’ést-à-dire six désiatines,

  1. On se rappelle que la désiatine vaut un hectare neuf ares.
  2. Ce village était relativement pauvre de terres, les paysans n’ayant reçu, lors de l’émancipation, que « le quart de lot gratuit ». Voyez t. I, liv. VII, ch. iii, p. 443 (2e édit.).