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de conviction, avec des emportements et des élans étranges. Ce manque d’équilibre, ce manque de mesure, si frappant chez ce peuple, comme sous ce climat, ferait seul comprendre ses accès de mysticisme et les bonds et les chutes de sa pensée, violemment renvoyée de la terre au ciel.

Les saisons, avons-nous dit, confirment et corroborent les impressions du sol ; le ciel russe est en cela d’accord avec la terre russe. C’est d’abord l’hiver, le long recueillement de l’hiver, le froid sommeil de la nature, engourdie sous la neige, et dont la mort apparente fait une impression solennelle. N’est-ce pas un fait trop peu remarqué que l’énergie du sentiment religieux dans les pays du Nord ? A cet égard, comme pour tout ce qui touche l’influence du climat, nous vivons peut-être sur un préjugé. Le Nord n’est pas moins religieux que le Midi ; peut-être serait-il permis de dire qu’il l’est davantage. L’histoire en fait foi. Quels sont, en dehors de l’Espagne, les pays de l’Europe où les croyances ont pris l’empire le plus absolu et le plus persistant ? Ce sont les pays les plus septentrionaux, trois États de confessions et de races différentes, l’Écosse, la Suède de Swedenborg, la Russie. Nulle part la tolérance ou ce qui en est le dernier terme, l’égalité civile des cultes n’a eu plus de peine à se faire admettre. Nulle part, l’Église dominante n’a obtenu un tel ascendant sur les mœurs privées et sur les mœurs publiques. L’Écosse presbytérienne a, sous ce rapport, mérité d’être comparée à l’Espagne de l’Inquisition. La Pologne, l’Irlande, l’Angleterre même ont, de tous temps, été au nombre des pays les plus croyants de l’Europe. Le sentiment religieux des peuples septentrionaux diffère de celui des peuples du Midi comme les lacs de l’Écosse ou de la Finlande diffèrent des golfes bleus de Naples ou de Valence. Des aspects du Nord, il prend une teinte plus sombre et plus austère, il devient plus mélancolique et plus rêveur, peut-être en est-il plus profond.

Les régions septentrionales, où ont longtemps été con-