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nation qu’ils devaient s’assurer d’une fiancée, en même temps que d’une paroisse. Aussi le principal souci des aspirants à la prêtrise était-il de chercher une héritière dont la main leur valût une église. Le futur curé s’enquérait moins des charmes ou des vertus de sa fiancée que de l’aménagement du presbytère et des revenus de la paroisse qu’elle lui devait apporter en dot.

La coutume d’arriver aux cures par un mariage ou un marché était si générale qu’il a fallu une loi pour défendre d’en faire une obligation. Ce n’est qu’en 1867 qu’il a été interdit d’exiger, pour la collation d’une cure, que le candidat entrât dans la famille de son prédécesseur ou lui servît une pension. Cette loi était excellente ; elle ne pouvait changer d’un coup des habitudes séculaires. Pour que la collation des cures cesse d’être compliquée d’affaires de mariage et de succession, il faut mettre les veuves et les orphelins du clergé à l’abri du besoin, il faut assurer à chaque pope une demeure paroissiale.

L’hérédité ne s’était pas seulement introduite dans les fonctions de curé et de prêtre, elle était descendue jusqu’aux derniers emplois de l’Église. La classe sacerdotale comprenait non seulement les prêtres et les diacres ayant reçu les ordres, mais aussi les chantres ou psalmistes, les sacristains, les bedeaux, les sonneurs[1]. Le clergé russe compte environ 500 000 âmes ; sur ce nombre, en apparence considérable, les ecclésiastiques en fonctions, les prêtres en particulier, sont peu nombreux. Le clergé blanc est encore moins homogène que le clergé noir ; il se divise en deux ou trois groupes, dont chacun formait une classe dans la classe, une sorte de sous-caste séparée des autres par le genre de vie ou l’éducation, et, en général, ne se mariant que dans son propre sein. C’est, d’abord,

  1. Nous parlons ici de la classe, de la caste, telle qu’elle s’est conservée jusqu’à nos jours. Au point de vue de l’ordination, l’Église orthodoxe reconnaît trois degrés dans la hiérarchie : le diaconat, la prêtrise, l’épiscopat.