Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/273

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


La constitution lévitique du clergé l’avait amené à des habitudes qui ne peuvent disparaître en quelques années. A la faveur de l’hérédité du sacerdoce, tendait à s’établir l’hérédité des fonctions et des emplois ecclésiastiques. Le pope cherchait naturellement à transmettre sa paroisse à l’un de ses enfants ; la cure du père était l’héritage du fils, plus souvent elle était la dot de la fille. Les paroisses tendaient ainsi à devenir une sorte de fief privé, de propriété des prêtres. Il s’en fallut de peu que le clergé ne se fît reconnaître ce droit de succession : plusieurs des principaux prélats de la Russie en combattirent vainement l’exercice au dix-huitième siècle. La coutume était pour les prétentions du clergé. D’ordinaire, pour entrer en possession d’une cure, le candidat devait épouser une des filles de son prédécesseur mort ou retiré ; le plus souvent l’évêque ne le nommait qu’à cette condition. Il y avait pour cela deux raisons. En perdant son chef, la famille du pope tombait le plus souvent à la charge de l’Église et de l’État, qui s’en déchargeaient volontiers sur le nouveau curé. Ensuite, peu de presbytères appartenaient à la commune ou à l’Église ; il y avait un champ affecté aux besoins du pope, mais la maison qu’il y construisait était son bien, elle faisait partie de sa succession ; pour en prendre possession, le nouveau venu devait se mettre d’accord avec la famille de son prédécesseur, la dédommager. L'arrangement le plus simple était, en entrant dans la maison, d’entrer dans la famille. Le second mariage étant interdit aux femmes de prêtres comme aux prêtres eux-mêmes, et ceux-ci ne pouvant épouser qu’une vierge, il n’y avait point à songer à une union avec la veuve du défunt. C’était donc par un mariage avec une des filles et une pension à la veuve ou aux autres enfants que se réglait le plus souvent la transmission des cures. On évitait ainsi les querelles et les procès, et, pour y couper court, l’autorité avait encouragé ce genre de solution. Les séminaristes n’étant promus au sacerdoce qu’après leur mariage, c’était avant leur ordi-