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un obstacle à la réforme du clergé. Érigée, en 1740, par Pierre le Grand, pour combattre le raskol, elle a manifestement manqué à sa mission d’arrêter la diffusion des sectes. Dans l’état actuel des mœurs politiques de l’empire, on n’en saurait espérer la suppression ; ce qui serait à désirer, c’est qu’elle fût réduite à un contrôle disciplinaire du clergé orthodoxe.

Grâce au Saint-Synode, l’Église russe est probablement la plus centralisée du monde. Obligés à d’incessantes relations avec le pouvoir central, les évêques sont devenus une sorte de préfets ecclésiastiques. Ils sont nommés par l’empereur sur la proposition du synode, qui présente trois candidats ; d’ordinaire, le souverain désigne le premier de la liste. Les Russes se flattent d’avoir ainsi mis d’accord les droits de l’Église et les intérêts de l’État. Les diocèses, les éparchies, comme disent les orthodoxes, sont en général délimités sur les gouvernements civils. L’empire en compte soixante, divisés en trois classes. Il n’y en a pas cinquante pour la Russie d’Europe[1]. Dans certaines régions, ces diocèses sont plus grands que la France ou l’Italie. Ils sont, en moyenne, quinze ou vingt fois plus vastes que les nôtres. A cet égard, l’Église russe est en contraste avec l’Église grecque, où chaque bourgade a son évêque. De ces soixante éparchies, trois ont le titre de métropolies, dix-neuf celui d’archevêchés. Ces titres ne correspondent plus à une juridiction réelle ; ils indiquent un rang, non une fonction. Il n’y a plus de suffragants : les métropolites (métropolity) et les archevêques ont pour auxiliaires un ou deux évêques-vicaires, ou coadjuteurs. Il ne reste dans l’empire qu’une province ecclésiastique, ce sont les diocèses qui forment l’exarchat de Géorgie ; partout ailleurs les évêques dépendent uniquement du synode.

Les titres de métropolite et d’archevêque ne sont pas tou-

  1. La Russie d’Europe formait, en 1887, 48 diocèses ; la Transcaucasie en formait 4 ; la Sibérie 6 ; le Turkestan 1 ; les Iles Aléoutiennes et l’Aliaska 1.