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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/221

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sorte. C’est la principale originalité et non la moindre plaie de l’Église russe. De toutes les institutions occidentales, la bureaucratie est celle qui s’est le mieux acclimatée en Russie ; elle s’y est étendue du domaine civil au domaine religieux. Dans l’Église, comme dans l’État, aucune question ne se décide sans rapports et sans pièces à l’appui. Pour l’étude et l’expédition des affaires, le synode et le procureur ont chacun leur chancellerie. Ces administrations laïques, remplies de fils de popes qui n’ont pu ou n’ont voulu entrer dans le sacerdoce, ont l’influence qu’ont partout les bureaux. Leur pouvoir effectif est d’autant plus grand que la composition du synode est plus variable, et que moins de ses membres sont au courant des détails de la jurisprudence ecclésiastique.

Le synode est hors d’état d’examiner toutes les questions en séance ; il ne siège guère qu’une ou deux fois par semaine ; et il vient devant lui environ 10 000 affaires par an. Un millier au plus peuvent être examinées en séance ; pour le reste, pour toutes les affaires courantes, la décision, comme le rapport, est abandonnée aux bureaux, et c’est le procureur ou le directeur de sa chancellerie qui décident quelles sont les affaires courantes. Les membres du synode n’ont qu’à signer. Pour plus de rapidité, on va souvent, dit-on, chercher les signatures à domicile. Dé là des anecdotes ou des mots plus ou moins édifiants. C’est un membre du synode qui, voyant un de ses collègues examiner un rapport, lui dit : « Ce n’est pas pour lire que nous sommes ici, c’est pour signer, ce qui est moins long ». Ou bien, c’est un prélat qui laisse surprendre sa signature dans une affaire où il est directement intéressé à la refuser ; parfois même, prétend-on, ce sont les bureaux qui altèrent une décision prise en séance, et sous cette forme la présentent à la signature[1]. Il faut beaucoup rabattre de ces récits où

  1. O pravoslavnom Rousskom tchernom i bélom Doukhovenstvé, t. II, ch. 29, ouvrage anonyme, publié à Leipzig, sous Alexandre II. L’auteur, D. Rostilavof,