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En Grèce, le roi a été reconnu, par les synodes nationaux, comme l’administrateur et l’archëge, arxègos de l’Église nationale. En Serbie, le gouvernement du roi Milan a montré son respect de l’indépendance ecclésiastique en déposant ou, mieux, en destituant de sa propre autorité, comme de simples fonctionnaires, les métropolitains récalcitrants à ses ordres. La Russie autocratique y eût mis plus de formes. Les évêques de Serbie ont eu beau prendre parti pour leur chef, le métropolitain déposé a en vain excommunié l’intrus placé sur son siège par les ministres de Belgrade. Le gouvernement serbe a fait fi des protestations de l’épiscopat, et les évêques ont dû se soumettre aux ministres[1]. En Roumanie le « régalisme » s’étale à nu. Aussi a-t-on vu le synode de Pétersbourg se joindre au patriarche de Constantinople pour représenter au gouvernement de Bucarest que la constitution de l’Église roumaine outrepassait les droits du pouvoir civil et violait les canons des conciles. Ces remontrances des deux plus hautes autorités de l’orthodoxie, les Roumains n’en ont pas tenu compte, ils ont persisté à souligner dans l’Église la suprématie de l’État. Leurs évêques, élus par un corps électoral mi-ecclésiastique, mi-laïque, reçoivent publiquement l’investiture des mains du roi, qui la leur confère dans son palais, du haut de son trône. Pour le métropolitain primat, choisi par une assemblée composée des membres du Saint-Synode et des deux Chambres, le ministre des cultes présente au souverain la crosse archiépiscopale, en le priant de donner l’investiture au nouvel élu[2]. — « Je confie à Votre Sainteté le bâton archiépi-

  1. Mgr Michel, métropolitain de Serbie, avait été révoqué en 1881 pour avoir protesté contre un impôt atteignant les membres du clergé aussi bien que les autres citoyens. Il va sans dire que le prélat ainsi mis de côté était des adversaires du parti alors au pouvoir à Belgrade. Comme c’était un ami de l’influence russe, il a trouvé un refuge en Russie. Le métropolitain de Serbie continue à officier comme archevêque à Pétersbourg et à Moscou, tandis que son successeur règne sans conteste sur l’Église serbe. C’est encore là un exemple des dissidences que la politique peut introduire entre les Églises orthodoxes.
  2. Quand il s’agit d’un simple évêque, c’est le métropolitain primat de