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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/20

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CHAPITRE II


Comment, chez le peuple, le sentiment religieux a gardé toute sa puissance. — Raisons de ce phénomène.— L’état de culture de la Russie. — L’histoire et le mode de gouvernement. — Du mysticisme et du fatalisme russes. — Où faut-il en chercher les sources ? — Est-ce dans la race ou dans le sol et le climat ? — Influences de la nature et du milieu. — La plaine et la forêt. — Les saisons. — Les maux historiques : épidémies et famines. — Comment il ne faut pas outrer le mysticisme des Russes. — Quels en sont les caractéres et les limites ? — Fréquente combinaison de réalisme et d’idéalisme.


Chez le peuple, et non seulement chez le paysan, mais chez l’ouvrier, chez le petit bourgeois et le marchand des villes, le sentiment religieux a conservé son antique naïveté. La religion y donne une incontestable preuve de vie : la fécondité ; elle y est sans cesse en enfantement, mettant au monde des sectes bizarres dont le nombre même est difficile à fixer. L’homme du peuple semble n’avoir pas encore franchi ce degré de civilisation où toutes les conceptions prennent spontanément une forme religieuse. A cet égard, comme à tant d’aubres, il est le contemporain de générations depuis longtemps disparues chez nous. S’il est, en Europe, des États où la religion a tenu une aussi grande place, il n’en est peut-être point où elle en occupe encore une aussi large. La rudesse du sol et du climat avait préparé son empire ; les vicissitudes de l’histoire, la forme du gouvernement public et privé l’ont affermi ; l’état de culture l’a maintenu.

Lorsque, au-dessus d’un village des steppes, j’apercevais l’église dominant de ses coupoles vertes les noires cabanes du paysan, il me semblait voir un emblème de cette