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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/199

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Le Saint-Synode institué, il ne suffit pas à Pierre d’en faire part aux autres branches de l’Église orthodoxe ; il demande, pour sa nouvelle institution, la reconnaissance, on pourrait dire la confirmation des patriarches orientaux. Que lui pouvaient répondre ces hiérarques aux mains besogneuses, toujours tendues vers le nord ? Ils n’avaient qu’à souscrire aux volontés de l'unique prince orthodoxe. Leur faiblesse complaisante laissa supprimer le patriarcat de Moscou, comme elle l’avait laissé établir. Le Saint-Synode fut reconnu par eux comme légitime héritier du patriarche et légitime tête de l’Église russe. La pauvreté des grands sièges d’Orient, leur sujétion de l’infidèle, leur permettaient peu d’indépendance vis-à-vis du tsar ; il n’en est pas moins vrai que le seul fait d’être membre d’une Église œcuménique, ainsi que disent les Grecs, alors même que cette Église affecte la forme nationale, impose certaines restrictions à l’ingérence de l’État. Il est des mesures que l’autocratie ne pourrait décréter par oukaze sans s’exposer à un schisme. Si loin que s’étende dans l’Église le pouvoir du tsar, il rencontre ainsi une double borne : l’une dans la foi du peuple, l’autre dans le besoin de demeurer en communion avec les patriarcats d’Orient. Pour n’être ni bien hautes ni bien gênantes, ce n’en sont pas moins des barrières que l’omnipotence impériale ne saurait franchir impunément.

Aux collèges administratifs de Pierre le Grand ont, sous Alexandre Ier, succédé des ministres : le collège ecclésiastique, le Saint-Synode a seul survécu. C’est que le tsar, mal inspiré pour les départements civils, avait rencontré une forme de gouvernement adaptée à son Église et à son époque, si bien que, en dépit de tous les défauts qu’on lui peut reprocher, le Saint-Synode russe a trouvé au dehors des imitateurs. Après la mort de Pierre, quelques personnes songèrent à rétablir le patriarcat ; eût-il été relevé qu’il n’eût pu rester debout. Il n’y a plus de place en Russie pour un patriarche ; à vrai dire, il n’y en aurait dans aucun