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nir pratiquement le chef de l’Église, ce n’est point en chef de l’Église qu’il agit, ni encore moins qu’il parle. Le pouvoir que l’autocrate s’arroge sur elle, l’autocrate cherche à le dissimuler.

Le principal acte d’ingérence des tsars dans l’Église a été l’établissement du Saint-Synode. C’est l’usage le plus extrême, et, si l’on veut, l’abus le plus grand qu’ils aient fait de leur pouvoir ; mais, jusque dans l'abus, on en sent les limites. On sent, même chez Pierre le Grand, que l’empereur n’est pas le maître de l’Église, comme il l'est de l’État. C’est le plus despote des souverains russes, le plus enclin à aller en tout au bout de ses idées et de sa puissance ; c’est le plus entier, le moins scrupuleux des réformateurs qui accomplit cette révolution ; et il s’ingénie à éviter tout ce qui peut lui donner l’apparence d’une révolution. Ce prince, d’ordinaire incapable de ménagements et de lenteurs calculées, n’attaque pas de front la dignité qu’il veut détruire. Avant de supprimer le patriarcat, il habitue la Russie à se passer de patriarche. Lui, d’habitude, si pressé, comme si une vie ne pouvait suffire à ses desseins, il prolonge indéfiniment la vacance de la chaire de Moscou. Entre le patriarcat et le futur synode il cherche une transition. Au patriarche il substitue dans la personne de Stéphane Iavorski un exarque. Ce n’est qu’au bout de vingt ans, lorsque le patriarcat n’est plus qu’un souvenir historique, quand le haut clergé a été renouvelé et rempli de Petits-Russiens imprégnés d’un autre esprit, que Pierre déclare ses intentions. Une fois décidé, le monarque orthodoxe, qui aime à s’entendre comparer à Constantin, ne se contente pas de décréter le remplacement du patriarcat par un synode ; il ne dédaigne point de le faire approuver par l’épiscopat. Ce synode, il en déguise la forme ; il a soin de lui donner un faux air de concile. Le règlement organique qui détermine les fonctions du nouveau pouvoir, le tsar le fait sanctionner par les évêques et les hégoumènes.