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néral, un système alors en vogue en Occident, particulièrement en France, où les ministres de Louis XIV cédaient la place aux conseils de la Régence. Pierre s’était approprié cette innovation ; au retour de son second voyage, il substitua partout, aux dignités exercées par un seul homme, des collèges composés de plusieurs membres. De Tadministration de l’État, il transporta ce système à l’administration de l’Église. Le Saint-Synode russe n’eut point d’autre origine, et, pendant quelques semaines, il porta le titre de Collège spirituel.

Pierre lui-même, au début de son « Règlement spirituel[1] », assimile le collège ecclésiastique aux autres collèges, déjà établis par lui. C’étaient, en effet, des institutions analogues, taillées sur le même patron ; on y sent le même esprit ; on y retrouve les mêmes règles, la même procédure. Comme tous les grands révolutionnaires, Pierre, le plus pratique des réformateurs, s’est ici montré épris de logique et de symétrie. Il s’est plu à façonner toutes choses suivant les mêmes maximes, modelant l’État et l’Église d’après des principes identiques, les faisant de force rentrer dans le même moule, sans souci des traditions et des coutumes. Dans son Règlement spirituel, écrit pour lui par un évêque, il ne se demande pas quelles sont les institutions les plus conformes à l’esprit ecclésiastique ou à l’enseignement de l’Église ; avec une sorte de rationalisme inconscient, il recherche uniquement quel est le meilleur mode d’administration. Et il prouve, par de longues déductions, que c’est la forme collégiale, le gouvernement d’un seul étant sujet à des erreurs, à des partis pris, à des passions. Ce qu’il y a de singulier, c’est que les auteurs du Règlement n’ont pas un instant l’idée que tout ce qu’ils

  1. Le Règlement spirituel (Doukhovnyi Reglament), rédigé, sous l’inspiration du tsar, par Théophane Prokopovitch, est demeuré le code ecclésiaslique de l’empire. Le texte russe, accompagné d’une traduction française et d’une ancienne version latine, en a été imprimé à Paris, en 1874, par les soins du P. Tondini.