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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/175

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carême. La communion fréquente, que saint Philippe de Néri et saint François de Sales, que Fénelon et les jésuites ont fait prévaloir dans la dévotion catholique, est étrangère à la piété orientale. Bien plus, c’est, pour les orthodoxes, moins un sujet d’édification que de scandale. Ils partagent, sur ce point, les idées de nos anciens jansénistes. Aux yeux de leur clergé, la fréquence de la communion en diminue la solennité et, par suite, l’efficacité morale. Il reproche aux catholiques de manquer de respect à la table eucharistique en en laissant approcher, sans préparation suffisante, des âmes mondaines indignes de renouveler un pareil commerce. Il ajoute que les confessions trop répétées font dégénérer le sacrement de pénitence en simple conversation édifiante. En Russie, les personnes pieuses ne s’approchent de la sainte cène que quatre fois l’an ; chez les plus dévotes, la communion mensuelle est peut-être plus rare que, chez les catholiques, la communion hebdomadaire.

La rareté de la participation au plus auguste des sacrements de l’Église en pourrait augmenter la solennité ; l’habitude de conduire en troupe à la sainte table le gros de la nation en diminue l’effet individuel. Une autre raison enlève à la communion quelque chose de la grandeur de son impression sur les âmes. Selon l’ancien rite, l’Église orthodoxe y admet les petits enfants : on la leur administre, comme aux adultes, au moyen d’une cuiller d’or ou de vermeil[1]. A proprement parler, il n’y a donc pas de première communion. Cette solennelle initiation aux saints mystères, qu’on environne de tant de crainte religieuse, qui, chez les catholiques et certains protestants, a une si grande influence sur l’enfant, manque aux Églises orientales. Par là, non seulement le sacrement de l’eucharistie en impose moins à l’enfance, habituée à le recevoir dès ses premiers jours, mais la religion, n’ayant point à préparer

  1. Les enfants cessent de communier à trois ou quatre ans, pour recommencer à sept ans, comme les grandes personnes, après s’être confessés.