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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/169

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pensionnats ou des écoles où, pour aller plus vite, le prêtre confesse deux ou trois enfants à la fois, leur posant simultanément les mêmes questions, auxquelles les enfants font les mêmes réponses. Cela rappelle l’histoire de la confession du régiment, l’aumônier demandant à haute voix : « As-tu volé ? as-tu bu ? as-tu forniqué ? » et les hommes répondant en chœur : « J’ai péché, mon père ». Encore cela se peut-il comprendre en campagne.

Une chose digne de remarque, c’est que chez les vieux-croyants, qui prétendent en toutes choses demeurer fidèles aux anciens usages, la confession est plus longue et plus stricte. Chez eux, le prêtre, en habits sacerdotaux, reste seul, face à face avec le pénitent. Les autres fidèles attendent leur tour à l’écart, parfois même au dehors, sous le porche de l’église. Non content d’interroger sur les dix commandements, le prêtre, qui, chez eux, tutoie toujours les pénitents, ne craint pas de leur adresser les questions les plus délicates. Tel est, du moins, ce que je tiens de certains vieux-croyants. Un sectaire du nom d’Avvakoum, brûlé sous la minorité de Pierre le Grand, nous a laissé, dans une espèce d’autobiographie, un exemple de la pratique de la confession auquel l’antiquité et la sincérité du narrateur donnent un intérêt singulier. Ce passage[1] montre qu’alors, à l’origine du schisme, la confession russe était loin d’être toujours purement cérémonielle.

Aujourd’hui encore, dans quelques églises de couvent, par exemple, l’œil de l’observateur croit parfois distinguer une confession plus animée et plus intime que d’habitude. La

  1. Le voici, d’après une traduction de Mérimée, qui a cherché à rendre la naïveté de l’original. « Comme j’étais parmi les popes, vint une fille pour se confesser, chargée de gros péchés, coupable de paillardise et de toute vilenie, s’accusant avec larmes et me contant son fait, debout devant l’Évangile. Alors moi, trois fois maudit, moi médecin des âmes, je pris l’infection, et le feu brûlant de paillardise m’entra au cœur. Rude pour moi fut la journée. J’allumai trois cierges que j’attachai à un pupitre et mis ma main dans la flamme jusqu’à ce que s’éteignît cette ardeur impure. Puis, ayant congédié la fille, je pliai mes habits… » Jitic protopopa Avvakouma, page 12 (Journal des Savants, 1867, p. 420).