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rain, être délié de ses vœux et rentrer dans la vie civile, à peu près comme un militaire sort de l’armée[1]. Le pope convaincu d’un crime est dégradé, comme un officier. Jadis, des prêtres dont on était mécontent, on faisait des soldats.

Avec même origine et mêmes fonctions, le clergé a ainsi dans les deux Églises une position et une influence bien diverses. Comme chez les Latins, le prêtre est, chez les orthodoxes, le canal unique et nécessaire des sacrements et de la grâce divine ; mais, entre le fidèle et lui, ni la discipline ecclésiastique, ni les pratiques religieuses n’ont mis le même intervalle qu’en Occident. Le prêtre n’est pas élevé aussi haut au-dessus de l’humanité ; il n’est point, par l’ordination, tellement mis en dehors des laïques qu’il ne puisse retomber à leur niveau. Les fidèles et le clergé communient également sous les deux espèces. Le mariage, enfin, est le grand trait d’union qui joint le clergé aux laïques. Pourvus de famille et privés de tout chef étranger, les popes ne peuvent former entre eux un corps aussi étroitement associé et aussi distinct de tous les autres. Par cela même qu’elle met moins de distance entre le peuple et le sacerdoce, l’Église gréco-russe accorde une plus grande influence aux laïques et à l’État, qui en est le naturel représentant. Chez elle, le caractère mystique, divin du prêtre, est moins en lumière ; l’éclat de la religion rejaillit moins sur lui et l’accompagne moins en dehors des cérémonies sacrées. Le clergé ne se confond pas avec l’Église ; le peuple voit moins en lui le représentant de Dieu et le roi du temple que le ministre, le serviteur de l’autel.

Pour le mariage, il n’y a pas entre les deux Églises le

  1. Voici, d’après une feuille ecclésiastique officielle, le libellé d’une autorisation de ce genre, « S. M. l’Empereur a, le 12 mai de cette année, daigné accorder à l’ancien prêtre du diocèse de Volhynie, Ivan Lvovitch ***, ayant déposé la dignité sacerdotale en 1880, l’autorisation d’entrer au service de l’État, avec les droits de sa naissance,… en dehors toutefois du diocèse de Volhynie où il a servi dans les fonctions de prêtre. » Tserkovnyi Vestnik, 16 juin 1884, p. 107.