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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/110

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des plus grands péchés. On s’en sert aussi, particulièrement du psautier slavon, pour dire la bonne aventure.

De même encore que l’Église romaine, le Saint-Synode de Pétersbourg veille avec un soin jaloux sur la traduction des livres saints. Il s’est fait réserver le monopole des versions russes, même pour les protestants, les catholiques ou les juifs. Admet-il des Nouveaux Testaments imprimés à l’étranger, c’est toujours sur une version approuvée par lui.

Il s’est reformé sous Alexandre II, en 1863, une « Société pour la propagation de l’Écriture sainte ». Elle dure encore aujourd’hui. Comme l’ancienne Société biblique, bien qu’à un moindre degré, elle jouit du patronage officiel ; mais, à tout autre égard, elle diffère de sa fameuse devancière. Les seuls livres qu’elle cherche à répandre sont les Psaumes et le Nouveau Testament, surtout l’Évangile. Ses ressources sont minimes ; une bonne partie lui vient des protestants du dehors. En une vingtaine d’années, elle n’avait guère écoulé qu’un million de volumes. Aujourd’hui elle en répand cent mille par an. En outre, elle est autorisée à distribuer les exemplaires que lui envoient les opulentes sociétés bibliques de Londres et des Etats-Unis. La Société russe emploie pour sa propagande des procédés américains. Elle a ses colporteurs à la foire de Nijni, comme ses comptoirs aux expositions de Moscou ; et sa marchandise trouve bon accueil auprès du peuple. Ses membres se servent aussi volontiers des chemins de fer. J’ai moi-même rencontré en wagon des dames qui, d’une main, me présentaient un tronc pour leur œuvre, et de l’autre, des évangiles russes ou slavon[1].

  1. D’après les comptes rendus de la Société que j’ai sous les yeux, sur près de 100 000 volumes écoulés par elle en une année, le nombre des Anciens Testaments ne dépasse guère 200. La plupart des exemplaires, les neuf dixièmes, sont en russe, le reste en russe et slavon. Il semble en résulter qu’aujourd’hui, en dehors des sectaires appelés vieux-croyants, l’homme du peuple préfère lire l’Évangile en langue vulgaire.