Ouvrir le menu principal

Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/107

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


orthodoxe vis-à-vis des Écritures est à peu près la même que celle de l’Église latine. Pour toutes deux, l’autorité de la tradition égale l’autorité des livres saints ; l’Écriture ne peut être interprétée que conformément à l’enseignement de l’Église, aux Conciles et aux Pères[1]. Dans la pratique, le dogme étant moins défini, la tradition n’ayant pas pour la confirmer de souverain pontife, l’interprétation reste plus libre pour les orthodoxes. Le slavon ecclésiastique étant beaucoup moins éloigné de l’idiome populaire que ne l’est le latin de nos langues néo-latines, la question de la traduction des Écritures en langue vulgaire ne pouvait, en Russie, avoir la même importance qu’en Occident. Longtemps le peuple même préféra lire l’Évangile dans la langue hiératique. Bien qu’il n’eût pas pour cela les mêmes raisons que les Grecs, la version en dialecte populaire lui semblait dégrader et comme profaner le texte sacré.

Chez les Russes, de même que chez les Grecs, la pratique, à cet égard, a plus d’une fois varié. D’un côté, le désir de se distinguer des Latins s’est joint aux influences protestantes pour encourager les traductions en langue vulgaire ; d’un autre côté, la hiérarchie était retenue par la crainte de prêter aux nouveautés et de fournir un aliment aux ignorantes sectes de la Grande-Russie. C’est sous Alexandre Ier, le mystique ami de Mme de Krüdener, que le peuple fut invité à recevoir la Bible dans sa langue. Il est vrai que, dans cette nation de serfs, bien peu encore savaient lire. Chez les rares moujiks ou les petits marchands un peu lettrés, les Vies des saints, les livres d’heures et quelques traités des Pères, joints à des apocryphes de toute sorte, étaient alors plus répandus que les deux Testaments,

  1. Un point à remarquer, c’est que chez les Orientaux, chez les Grecs notamment, le nombre des livres canoniques n’a pas été aussi nettement fixé que chez les catholiques ou chez les protestants. L’Église russe est, aujourd’hui du moins, d’accord avec les réformés pour rejeter comme apocryphes les livres de l’Ancien Testament considérés comme tels par les Juifs.