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Page:Anatole Leroy-Beaulieu - Empire des Tsars, tome 3, Hachette, 1889.djvu/105

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couleur catholique dans ses attaques contre la Réforme[1]. De la controverse, cette double tendance a passé dans les catéchismes et les traités de théologie, parfois même dans les questions de rite et de discipline, les uns se montrant plus strictement conservateurs, les autres moins éloignés des réformes ou des innovations.

Sous le règne de Nicolas et l’administration du comte Protasof, procureur du Saint-Synode, il y eut une réaction contre les influences protestantes qui avaient dominé l’Église durant presque tout le dix-huitième siècle. Le gouvernement s’inspirait en tout du principe d’autorité et de l’idée de tradition ; il n’oublia pas de les relever dans l’Église contre l’école de Procopovitch, le collaborateur spirituel de Pierre le Grand. Les tendances protestantes ou « évangéliques » perçaient dans les écrits des deux plus illustres prélats de la Russie moderne, Platon et Philarète, l’un et l’autre métropolitains de Moscou[2]. L’éloquent Philarète dut, sous Nicolas, remanier son célèbre catéchisme, pour s’écarter davantage des théologiens de la Réforme[3]. L’Église russe a, depuis lors, cessé de s’orienter vers Luther ou vers l’anglicanisme. S’arrêtant dans les voies où l’avaient jetée Pierre le Grand et ses successeurs, elle s’est appliquée à s’en tenir strictement au principe de l’immobilité traditionnelle. Impuissante à supprimer entièrement les deux tendances qui se la disputent, elle a, durant la seconde moitié du dix-neuvième siècle, cherché à les maintenir en équilibre.

Aujourd’hui encore, les idées protestantes n’en sont pas moins en faveur dans une partie du clergé, et souvent dans la plus instruite. Cela s’explique par la fréquentation des écoles et des livres protestants. Le renouvellement des

  1. Voyez à ce sujet l’introduction de Samarine aux œuvres de Khomiakof.
  2. Platon, mort en 1812 ; Philarète, mort en 1832.
  3. Le catéchisme de Philarèle a été traduit en allemand, sur la 59e édition russe, et publié on appendice d’une traduction de l’Histoire de l’Église russe d’un autre Philarète, archevêque de Tchernigof.