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centrale dans l’Église orthodoxe lui rend tout accord de ce genre plus difficile qu’à l’Église catholique, dont l’autorité pontificale peut toujours ouvrir la communion. En consentant à traiter les anglicans comme des orthodoxes, les Russes risqueraient de scandaliser leurs frères d’Orient et de perdre d’un côté ce qu’ils gagneraient de l’autre. Aussi, indépendamment des divergences de doctrine ou de discipline, toute intercommunion des Églises épiscopales de l’Orient et de l’Occident semble, malgré leurs sympathies réciproques, de longtemps malaisée.

Les vieux-catholiques de Suisse ou d’Allemagne n’ont guère été plus heureux dans des efforts analogues. Ils ont eu beau, dans leurs congrès, exprimer l’espoir d’une réunion avec l’Église orientale[1], celle-ci a montré peu d’empressement à leur ouvrir son sein. Elle n’a pas cherché à se créer en Occident des communautés de Latins Unis. Une société de Pétersbourg, composée de laïques et d’ecclésiastiques, la Société des amis de l’Instruction religieuse, s’était, par des écrits et des délégués, mise en rapport avec les vieux-catholiques d’Allemagne. Nul mouvement ne pouvait être plus sympathique aux orthodoxes russes, qui, pour l’infaillibilité papale, ont la même répulsion que les protestants allemands. A toutes les avances des transfuges latins ils n’en ont pas moins répondu avec réserve, sur le ton d’une Église qui a foi dans son principe et ne transige point avec lui. En encourageant ces vieux-catholiques, parfois près de verser en pleine Réforme, les Russes ne leur ont point ménagé les leçons. — Si vous voulez vous unir à nous, leur disait un des inspirateurs des slavophiles, ce n’est point assez de rejeter le dernier concile du Vatican, c’est sur dix siècles de traditions latines qu’il vous faut revenir[2].

Cette Église impassible devant les adversaires qui l’at-

  1. Dès leur premier congrès, notamment, à Munich, en 1871.
  2. Khomiakof, Brief an Döllinger von einem Laien der russischen orthodoxen Kirche. Berlin, 1872.