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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/98

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l’Afrique du Sud. Rabelais nous donne de ces surprises ; mais le sage ne doit s’étonner de rien.

Ce nom d’Utopie, Rabelais, vous ne l’ignorez point, l’a pris à Thomas Morus, qui avait imaginé une île de ce nom, pour en faire le séjour d’une société meilleure que celle dans laquelle il vivait. Dans l’Utopie de Thomas Morus, le socialisme règne, le collectivisme est mis en pratique. Les biens sont en commun, les biens, non les femmes ; chacun garde jalousement la sienne. Il n’y a d’amour que dans le mariage et l’adultère est puni de mort. Tel est le rêve paradisiaque d’un conseiller du roi Henri VIII. Il est vrai que, pour éviter autant que possible les unions malheureuses, sir Thomas More autorise les fiancés à se voir l’un l’autre sans voiles sous la surveillance d’une matrone et d’un patriarche… Mais nous n’avons point à étudier ici la civilisation utopienne, puisque Rabelais a pris à Morus le nom de son île sans lui en prendre les mœurs et qu’il n’y a rien de commun entre l’Utopie anglaise et l’Utopie française qui n’est qu’une Utopie pour rire. Oh ! que nous n’aurons pas lieu d’y étudier les questions sociales !

Une fois débarqué en Utopie, Pantagruel, rassemblant ses compagnons Panurge, Épistémon, Eusthène et Carpalim, leur dit avec sa sagesse accoutumée :

— Voyons un peu ce que nous avons à faire et