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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/94

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pacha qui le faisait cuire et qui, dans ce péril, invoqua tous les diables et nommément Grilgoth, Astaroth, Rappalus et Gribouillis. Ce qui fit grand’peur à l’embroché Panurge, car il était lardé et les diables sont prompts à emporter quiconque sent le lard, tout au moins le vendredi tout le long de l’année, et pendant les quarante jours du carême, à moins de dispense. Panurge conte encore beaucoup d’autres turqueries. Le seizième siècle était moins poli que le dix-septième. Les turqueries de Rabelais sont d’une bouffonnerie plus féroce que celles de Molière. Maintenant qu’il y a un parlement à Constantinople, tous ces vieux turcs de comédie sont relégués dans le musée du rêve. Et que le rêve est froid, étiqueté dans sa vitrine !

Panurge à l’âge de trente-cinq ans, était de stature moyenne, ni trop grand, ni trop petit, et avait un nez un peu aquilin, fait en manche de rasoir, bien galant homme de sa personne, mais sujet à une maladie qu’on appelait en ce temps-là : « faute d’argent : c’est douleur non pareille ! » Toutefois, il avait soixante-trois manières d’en trouver toujours à son besoin, dont la plus honorable et la plus commune était par façon de larcin furtivement fait ; malfaisant, pipeur, buveur, batteur de pavés, ribleur, s’il en était à Paris.

Au demeurant, le meilleur fils du monde. Bref un homme comme un autre.

Toujours il machinait quelque chose contre les