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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/93

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ratisser et tarabuster le cerveau, me sonnant l’antiquaille et disant :

Qui boit en mangeant sa soupe,
Quand il est mort, il n’y voit goutte, etc.

C’était décidément une cause ardue. Pantagruel, en dépit des difficultés qu’elle présentait, la jugea souverainement et rendit un arrêt mémorable, dont voici la teneur :

— Vu, entendu, et bien calculé le différend qui s’est élevé entre les deux seigneurs ici présents, la cour leur dit que, considérant l’horripilation de la chauve-souris déclinant bravement du solstice d’été pour mugueter les billevesées, etc.

L’arrêt était aussi obscur que la cause. C’est pour cela sans doute qu’il parut équitable aux deux parties qui se tinrent pour contentes et satisfaites. Dès lors Pantagruel fut réputé à bon droit aussi juste que Salomon. Mais revenons à Panurge.

Lorsque Pantagruel le rencontra sur le pont de Charenton, Panurge revenait de Turquie, où les infidèles l’avaient mis à la broche tout lardé comme un lapin. Du moins l’affirmait-il. Et il jurait de plus avoir été miraculeusement délivré par la puissante intervention du grand saint Laurent, non sans avoir aidé, comme il convient, le miracle par son industrie. Avec un tison qu’il tint entre ses dents, il mit le feu à la maison du