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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/86

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Ce furent les romantiques, je crois, qui les premiers trouvèrent de la poésie à ces voix aériennes des clochers et des tours. Chateaubriand célébra la poésie des cloches. Il les eût moins aimées si, comme Rabelais, elles l’avaient fait lever au milieu de la nuit.

Pantagruel, à peine arrivé à Paris, visita la bibliothèque de Saint-Victor. Il y vit des livres dont notre auteur donne les titres imaginaires et ridicules. On a fait de grands efforts pour les identifier à des ouvrages véritables et l’on n’y a pas toujours réussi. Il semble que Rabelais s’est surtout moqué des scolastiques. Il était humaniste : l’humanisme devait tuer la scolastique ou être tué par elle. Prenons garde toutefois de louer François de toutes sortes de belles intentions qu’il n’eut jamais. Lui-même, il s’est moqué, par avance, des commentateurs qui s’aviseraient de lui donner trop d’esprit. Il est vrai qu’il a dit aussi qu’il fallait casser l’os pour trouver la moelle. Que de sujets d’incertitudes ! S’il fallait les examiner à fond, on n’en finirait jamais, et nous sommes pressés. Une voix nous crie comme dans le poème de Dante : « Regarde et passe. »

Étant à Paris, Pantagruel reçut de Gargantua, son père, une lettre fort belle qui a le mérite de montrer le progrès des études en France sous François Ier, et de peindre au vif les pères et les enfants, à cette heure ardente où renaissait l’esprit humain :