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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/84

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crépuscule, nous déambulons par les compites ou quadrivies de l’urbe.

Et, ne s’arrêtant plus de latiniser, il révèle en ces termes la province de France dont il est natif :

— L’origine primève de mes ayes et ataves fut indigène des régions lémoviques.

— J’entends bien, répond Pantagruel, tu es Limousin pour tout potage et tu veux ici contrefaire le Parisien.

Et le bon géant le prit à la gorge et faillit l’étrangler.

Cet épisode de l’étudiant limousin est célèbre. Le chancelier Pasquier y fait allusion dans ses Recherches sur la France  :

« Nous devons, dit-il, nous aider du grec et du latin, non pour les écorcher ineptement, comme fit, sur notre jeune âge, Hélisenne, dont notre gentil Rabelais s’est moqué fort à propos en la personne de l’écolier limousin. »

Il se peut que, comme le dit Pasquier, Rabelais se soit moqué d’un nommé Hélisenne, et il est possible que la moquerie soit bonne ; mais elle ne lui a pas coûté grand effort. Ce discours de l’étudiant limousin se trouve dans un livre que l’imprimeur Geoffroy Tory avait publié quatre ans, pour le moins, avant le livre II du Pantagruel. C’était sans doute une plaisanterie traditionnelle parmi les étudiants de l’Université de Paris. Mais nous sommes prévenus : Rabelais prenait de toutes mains, comme Molière. Les