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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/78

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peut-être que Rabelais a fait dans ce premier livre l’histoire comique de son temps, que son Picrochole est Charles-Quint, Gargantua, François Ier, et la jument de Gargantua, révérence parler, la duchesse d’Étampes. N’en croyez rien. Ce sont des sottises. Le malheur des grands écrivains est d’inspirer toutes sortes de sottises à des nuées de commentateurs. Rabelais a conté dans la guerre picrocholine ses souvenirs d’enfance. Il ne peignit jamais que d’après nature. C’est pour cela que ses tableaux sont si vrais et d’un si vif intérêt.

Frère Jean des Entommeures est, nous l’avons dit, un jeune moine que Rabelais connut, dans son enfance, à Seuillé. Ce Frère Jean, dans la chronique, aida beaucoup Grandgousier à défendre ses États. Pour l’en récompenser, le bon roi fonda et dota une abbaye qui ne porta le nom d’aucun saint du calendrier, mais fut appelée l’Abbaye de Thélème parce que chacun y faisait sa volonté.

Cette fondation donne lieu à Rabelais de montrer son goût pour les arts et ses connaissances en architecture. À l’encontre des humanistes de son temps qui, pour la plupart, s’attachaient peu à la beauté des formes et au charme des couleurs, il vivait par les yeux autant que par l’esprit et son attention était surtout captivée par l’art de bâtir, que la renaissance italienne avait renouvelé en s’inspirant de Vitruve et des ruines