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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/73

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— Dieu nous fasse la grâce, répondit Pyrrhus, que nous puissions atteindre à cette victoire, et venir à bout de cette entreprise, ce nous sera une entrée pour parvenir à bien plus grandes choses. Car qui se tiendrait de passer puis après en Afrique et à Carthage, qui seront conséquemment en si belle prise, vu qu’Agathocle, s’en étant secrètement fui de Syracuse, et ayant traversé la mer avec bien peu de vaisseaux, fut bien près de la prendre ; et, quand nous aurons conquis et gagné tout cela, il est bien certain qu’il n’y aura plus pas un des ennemis, qui nous fâchent et qui nous harcèlent maintenant, qui ose lever la tête contre nous.

— Non certes, répondit Cinéas ; car il est tout manifeste qu’avec si grosse puissance, nous pourrons facilement recouvrer le royaume de la Macédoine, et commander sans contradiction, à toute la Grèce ; mais quand nous aurons tout en notre puissance, que ferons-nous à la fin ?

Pyrrhus alors, se prenant à rire :

— Nous nous reposerons, dit-il, à notre aise, mon ami, et ne ferons plus autre chose que faire festins tous les jours et nous entretenir de plaisants devis les uns avec les autres, le plus joyeusement, et en la meilleure chère qui nous sera possible.

Cinéas adonc l’ayant amené à ce point lui dit :

— Et qui nous empêche, sire, de nous reposer dès maintenant, et de faire bonne chère ensemble,