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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/71

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vous n’en revenez jamais ?… Car le voyage est long et périlleux. Ne vaut-il pas mieux que, dès maintenant, nous nous reposions ?

Ce dialogue merveilleux, d’un comique à la fois énorme et fin, cette scène qui coule abondante et rapide est une des plus belles expansions du génie si riche de Rabelais. Pourtant l’idée, la structure de la scène ne lui appartient pas. Il l’a prise dans l’entretien de Pyrrhus et de Cinéas rapporté par Plutarque dans la vie du tyran d’Épire.

Il faut lire cet original pour mieux admirer la richesse de la copie, mieux sentir, si je puis dire, l’originalité de l’imitation. Permettez-moi de vous lire ce morceau, excellent en lui-même, du bon Plutarque. Nous le prendrons, si vous voulez dans la traduction de Jacques Amyot, parce qu’elle est très agréable et, pour vous donner l’occasion de comparer le style de Rabelais avec celui d’un écrivain qui lui est de peu d’années postérieur et contribua, comme lui, à l’achèvement de la langue française. Voici donc le passage de Plutarque ; ne vous en effrayez pas, il est court ; et je vous signale tout d’abord cette brièveté comme un élément de comparaison.

« Cinéas, que Pyrrhus employait en ses principales affaires, voyant que ce prince était fort affectionné à la guerre d’Italie, le trouvant un jour de loisir, le mit en tels propos :

— L’on dit, sire, que les Romains sont fort