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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/69

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emparâtes en outre de toute la caravane de la Mecque. Ne vous fournirent-ils point du vin en suffisance ?

— Voire ! dit Picrochole, mais nous ne bûmes point frais.

— Par la vertu non pas d’un petit poisson, répliquèrent-ils, un preux, un conquérant, un prétendant et aspirant à l’empire de l’univers ne peut toujours avoir ses aises. Dieu soit loué que vous soyez venus, vous et vos gens, saufs, et entiers jusqu’au fleuve du Tigre.

— Mais, demanda Picrochole, que fait pendant ce temps la partie de notre armée qui déconfit ce vilain humeux de Grandgousier ?

— Ils ne chôment pas, répondirent-ils. Nous les rencontrerons tout à l’heure. Ils vous ont pris la Bretagne, la Normandie, les Flandres, le Hainaut, le Brabant, l’Artois, la Hollande, la Zélande ; ils ont passé le Rhin par-dessus le ventre des Suisses et des Lansquenets et une partie d’entre eux ont dompté le Luxembourg, la Lorraine, la Champagne, la Savoie jusqu’à Lyon. Là, ils ont rencontré vos légions revenant des conquêtes navales de la mer Méditerranée. Ils se sont rassemblés en Bohême, après avoir mis à sac la Souabe, le Wurtemberg, la Bavière, l’Autriche, la Moravie et la Styrie. Puis ils ont donné fièrement ensemble sur Lubeck, la Norvège, la Suède et le Groenland jusqu’à la mer Glaciale. Cela fait, ils conquirent les Iles Orchades