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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/67

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Jean-de-Luz, à Fontarabie, vous saisirez tous les navires et, côtoyant la Galice et le Portugal, vous pillerez toute la côte jusqu’à Lisbonne, où vous ferez réquisition de tout le matériel nécessaire à un conquérant. Par la corbleu ! L’Espagne se rendra, car ce ne sont que fainéants. Vous franchirez le détroit de Sibylle, et là, vous érigerez deux colonnes plus magnifiques que celles d’Hercule en perpétuelle mémoire de votre nom. Et ce détroit sera nommé la mer Picrocholine. Passée la mer Picrocholine voici Barberousse qui se rend votre esclave.

— Je le prendrai à merci, dit Picrochole.

— Voire ! font les conseillers, pourvu qu’il se fasse baptiser.

Et ils poursuivent :

— Vous assaillerez hardiment toute la Barbarie ; vous retiendrez en votre main Majorque, Minorque, la Sardaigne et la Corse. Côtoyant à gauche, vous dominerez toute la Gaule Narbonnaise, la Provence, Gênes, Florence, Lucques, et vous direz bonjour à Rome. Le pauvre monsieur du Pape se meurt déjà de peur.

— Par ma foi, dit Picrochole, je ne lui baiserai pas la pantoufle.

— L’Italie prise, voici Naples, la Calabre, les Pouilles et la Sicile tout à sac, et Malte avec. Je voudrais bien voir que les plaisants chevaliers de Rhodes vous résistassent.

— J’irais volontiers à Lorette, dit Picrochole.