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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/66

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Picrochole refuse de recevoir les envoyés de Grandgousier.

— Ces rustres ont belle peur, lui dit le capitaine Touquedillon qui commandait ses armées, Grandgousier tremble dans ses chausses.

Les conseillers de Picrochole lui promettent la conquête de l’univers. L’imprudent monarque les en croit avec facilité. Il faut citer cette scène presque tout entière.

— Sire, aujourd’hui nous vous rendons le plus heureux, le plus chevalereux prince qui oncques fut depuis la mort d’Alexandre de Macédoine.

— Couvrez-vous, dit Picrochole.

— Grand merci, sire, nous sommes à notre devoir… Le moyen est tel : vous laisserez ici quelque capitaine en garnison, avec une petite bande de gens, pour garder la place, laquelle nous semble assez forte, tant par nature que par les remparts faits à votre invention. Vous répartirez votre armée en deux parties, comme vous le concevez parfaitement. Une partie ira se ruer sur ce Grandgousier et ses gens, qui seront, de prime abord, facilement déconfits. Là, vous ramasserez de l’argent à tas. Car le vilain a du comptant. Vilain, disons-nous, parce qu’un noble prince n’a jamais un sou. Thésauriser est le fait d’un vilain. L’autre partie tirera vers Aunis, Saintonge, Angoumois et Gascogne, Périgord, Médoc et les Landes, prendra sans résistance villes, châteaux et forteresses. À Bayonne, à Saint-