Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/65

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de faveur et de conseil. Qu’il m’ait à ce point outragé, ce ne peut être que par l’esprit malin… Ah ! mes bonnes gens, mes amis et mes féaux serviteurs, faudra-t-il que je vous donne la peine de m’aider ? Il faut, je le vois bien, que je charge du harnais mes pauvres épaules lasses et faibles, et qu’en ma main tremblante je prenne la lance et la masse pour secourir et garantir mes pauvres sujets. La raison le veut ainsi. Car de leur labeur je suis entretenu, de leur sueur je suis nourri, moi, mes enfants et ma famille. Néanmoins, je ne ferai la guerre qu’après avoir essayé tous les moyens de paix.

Sages paroles ! Heureux les peuples, si les princes pensaient toujours ainsi !

Le bon roi envoie à Picrochole son maître des requêtes, Ulrich Gallet, pour s’enquérir des causes de la guerre et il écrit à son fils Gargantua pour le rappeler dans la patrie menacée.

Ulrich Gallet fait à Picrochole une belle harangue cicéronienne. Le roi de Lerné y répond outrageusement par ce peu de mots : « On vous en broiera des fouaces ! »

À ces menaces d’un prince colérique, le saint roi Grandgousier ne répond que par de nouvelles offres de paix. Tel Idoménée au livre IX du Télémaque : « Idoménée est prêt à périr ou à vaincre ; mais il aime mieux la paix que la victoire la plus éclatante. Il aurait honte de craindre d’être vaincu, mais il craint d’être injuste. »