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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/63

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ci ayant pris la fuite, métayers et métayères, bergers et bergères les poursuivirent, les arrêtèrent et leur prirent quatre ou cinq douzaines de fouaces, qu’ils payèrent d’ailleurs au prix accoutumé.

Puis ils mangèrent leurs fouaces, sans remords, et, bien régalés, dansèrent au son de la cornemuse.

Les fouaciers retournèrent incontinent à Lerné et portèrent plainte à leur roi Picrochole contre les bergers et les métayers de Grandgousier. Pour venger leur offense, Picrochole, aussitôt, assembla son armée et envahit les terres de Grandgousier. Ainsi s’alluma une guerre effroyable. Les soldats gâtaient et dissipaient tout sur leur passage ; ils n’épargnaient ni pauvre, ni riche, ni lieu profane, ni lieu sacré. C’est ainsi qu’ils vinrent piller l’abbaye de Seuillé ou Seuilly, celle-là même où François Rabelais avait été envoyé vers l’âge de neuf ou dix ans pour y devenir oiseau, c’est-à-dire moine. Les bons moines, ne sachant à quel saint se vouer, décidèrent de faire une belle procession pour détourner la fureur des ennemis. Le moyen était louable, mais il n’était point sûr, car qui peut prévoir les desseins de l’Éternel ? Qui peut se flatter de les changer ? Or, il y avait dans l’abbaye un jeune moine adroit et frisque nommé Jean des Entommeures. Entendant le bruit que menaient les soldats dans les vignes, Frère Jean des Entommeures va voir ce qu’ils font et, avi-