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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/62

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Encore aujourd’hui, les éducateurs de notre jeunesse auraient beaucoup à apprendre du vieux bouffon.

Pendant que Gargantua étudiait à Paris sous de si bonnes disciplines, éclatait à Chinon l’affaire des fouaces. Voici ce qui s’était passé : en la saison des vendanges, au commencement de l’automne, les bergers de la contrée étant à garder les vignes, quelques habitants du bourg de Lerné vinrent à passer sur le chemin, conduisant à la ville dix ou douze charges de ces galettes très chères aux Tourangeaux et aux Poitevins, qui les nomment des fouaces. Les bergers demandèrent poliment à ces gens de leur céder de ces fouaces au prix du marché. À cette demande, les fouaciers ne répondirent que par des injures, donnant aux bergers plusieurs épithètes diffamatoires, et les appelant rustres, brèche-dents, et malotrus.

Un des bergers, nommé Forgier, leur reprocha leurs façons.

— Viens ça, lui répondit le fouacier Marquet ; je te donnerai de ma fouace.

Forgier alors tendit une pièce d’argent, pensant recevoir des fouaces. Mais Marquet lui donna, au lieu de fouaces, de son fouet dans les jambes. Le berger cria au meurtre et lança son bâton par la tête à Marquet qui tomba sous sa jument. Les métayers de Grandgousier, qui, près de là, gaulaient des noix, accoururent aux cris et frappèrent sur les fouaciers comme sur du seigle vert. Ceux-