Ouvrir le menu principal

Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/57

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’eau, du sel, des viandes, poissons, fruits, herbes, racines, et à ce sujet ils apportaient les témoignages des anciens, Pline, Élien, Aristote, Athénée et ce Dioscorides, que don Quichotte lira plus tard avec les commentaires du docteur Laguna. L’entretien roulait ensuite sur la leçon du matin, et tous rendaient grâce à Dieu.

Au sortir de table, on apportait des cartes, non pour jouer, mais pour y découvrir des amusements mathématiques ; on dessinait des figures géométriques et astronomiques ; on chantait à quatre et cinq parties, on jouait du luth, de l’épinette, de la harpe, de la flûte, de la viole et du trombone. Cette récréation durait une heure. Elle était suivie d’une étude de trois heures : lecture, écriture. On devait s’exercer à bien tracer les lettres à l’antique, c’est-à-dire les caractères italiques mis en honneur par le grand imprimeur helléniste de Venise, Alde Manuce ; le gothique était laissé aux sorbonagres et aux scolastiques.

Ce fait, les jeunes princes sortaient de leur hôtel. Un jeune gentilhomme tourangeau nommé Gymnaste, donnait à Eudémon et à Gargantua des leçons d’équitation. Gargantua monte un cheval barbe, un genêt, un roussin, et non plus son horrifique jument qui, en s’émouchant, abattit les forêts de Beauce ; Gargantua n’est donc plus un géant ? Naguère il s’asseyait sur les tours de Notre-Dame ; maintenant il s’assied sur le banc des écoliers et à la table des chrétiens. N’en soyez pas