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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/53

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tauban alla au-devant de lui et sans savoir un mot de ce qui s’était passé, elle se mit à crier dès qu’elle aperçut le duc, qu’elle était charmée de la grâce et de l’éloquence avec laquelle il avait parlé au Parlement. Il rougit de dépit sans dire une parole, et, à la fin, n’y tenant plus, il emmena monsieur de Saint-Simon chez lui, puis se mit à pleurer, à crier, à se plaindre du roi et de son précepteur :

» — Ils n’ont songé qu’à m’abêtir, s’écria-t-il en pleurant de rage, et à étouffer ce que je pouvais être ; on ne m’a rien appris qu’à jouer et à chasser et ils ont réussi à faire de moi un sot et une bête, incapable de tout, et qui ne sera jamais propre à rien… »

Les deux scènes se ressemblent. Mais il faut convenir à la louange de Rabelais que celle de Gargantua et d’Eudémon est tout aussi vraie et vivante que l’autre.

Grandgousier, furieux de voir son fils si mal éduqué, voulait tuer maître Jobelin. Puis, sa colère étant tombée, car il était bon homme, il ordonna qu’on payât ses gages au vieux tousseux, qu’on le fît chopiner théologalement et qu’on l’envoyât à tous les diables.

Maître Jobelin parti, Grandgousier, sur le conseil du vice-roi, confia l’éducation de Gargantua à un jeune savant nommé Ponocrates, qui était le précepteur de ce gentil Eudémon. On ne pouvait faire un meilleur choix. Et il fut convenu que les