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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/49

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cier et bien enrichir mes amis et tous gens de bien et de savoir. » On trouvera peut-être que dès cet endroit l’esprit de Rabelais se révèle, que ce grand railleur ne respecte ni prince, ni roi, ni pape, qu’il voit plus avant que la Renaissance et la Réforme, jusque dans les temps modernes. Oh ! que l’on aurait tort, et comme on se tromperait ! Que Rabelais ait pensé de la sorte, il s’en faut du tout au tout. Le propos qu’il tient là est tout vulgaire et tout populaire, et tout commun (sans en être pire pour cela). Notre auteur ne fait que dire ici très plaisamment ce qu’avaient dit avant lui tous les bons prêcheurs, moines comme lui. C’est propos évangélique. Rien n’est plus éloigné de la pensée de Rabelais que de vouloir rabaisser l’autorité royale. Le roi François n’eut pas de sujet plus obéissant et plus respectueux que Frère François. Je le dis afin que nous nous gardions de prendre un lieu commun pour une nouveauté, et aussi pour que nous nous avisions que les lieux communs sont parfois très hardis.

Reprenons notre livre. Le père de Gargantua s’appelle Grandgousier ; sa mère Gargamelle ; elle était fille du roi des Parpaillots. Grandgousier, nous dit-on, était bon raillard en son temps, aimait à boire net et à manger salé, ayant toujours une bonne provision de jambons de Bayonne et de Mayence et force langues fumées.

Un jour de fête où l’on avait mangé trois cent soixante sept mille quatorze bœufs et dansé sur