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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/46

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François Juste, où il s’en vendit plus en un mois que de Bibles en neuf ans.

Comment Rabelais fut-il bientôt amené à faire sur ce même Gargantua et son fils Pantagruel le plus bizarre, le plus joyeux, le plus étrange des romans, une œuvre qui ne ressemble à aucune autre et ne peut être comparée qu’au Satyricon de Pétrone, au Gran Tacaño de Francisco de Quevedo, au Don Quichotte de Cervantès, au Gulliver de Swift et aux romans de Voltaire ? À cette question on ne saurait répondre avec autant de précision et d’exactitude qu’on voudrait. Comme le furent longtemps les sources du Nil, les origines du Gargantua et du Pantagruel nous sont inconnues. Sur ce sujet, je ne peux mieux faire que de citer les paroles prudentes du plus savant des éditeurs de Rabelais, le regretté Marty Laveaux :

« On devine plutôt qu’on ne sait que Rabelais refit pour l’éditeur lyonnais François Juste une facétie traditionnelle et dès longtemps populaire, qu’il intitula les Grandes et inestimables chroniques du grand et énorme géant Gargantua qu’ensuite, amusé par son sujet, par le succès de ce livret, il y ajouta comme une suite son Pantagruel, qu’enfin il substitua au premier et informe essai un nouveau et définitif Gargantua, qui est devenu le premier livre du roman, comme Pantagruel en est le second. » Telles sont les vraisemblances. Sans entrer à ce sujet dans une