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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/45

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constamment l’idée d’un dieu par qui l’univers est régi. Annonçant dans l’almanach pour 1533 les mutations futures des royaumes et des religions, il se hâte d’ajouter :

« Ce sont secrets du conseil étroit du roi éternel, qui tout ce qui est et qui se fait modère à son franc arbitre et bon plaisir, lesquels vaut mieux taire et les adorer en silence. »

Dès 1532, Rabelais avait accompli une tâche plus humble encore et qui devait pourtant le conduire à faire le plus singulier, le plus étonnant, le plus merveilleux livre du monde. Il avait rédigé, sur un thème populaire, une histoire pour amuser les ignorants et les simples, une histoire de géant, les Grandes et inestimables chroniques de Gargantua. Ce Gargantua n’était pas un personnage de l’invention de Rabelais. Sa renommée se perdait dans la nuit des temps ; sa popularité était grande surtout dans les campagnes : dans toutes les provinces de France, les paysans avaient à conter des prodiges incroyables de sa force, des miracles de son appétit. En mille endroits, on montrait d’énormes pierres, des quartiers de roc, qu’il avait apportés, une butte, une colline tombée de sa hotte. Le récit de Rabelais, intitulé : Grandes et inestimables chroniques, n’est qu’un ravaudage de facéties traditionnelles et dès longtemps populaires. Il le porta, non pas à la docte imprimerie de Gryphe, mais chez un libraire de Lyon, nommé