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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/43

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d’une lettre latine au grand homme qui achevait alors à Bâle une vie de labeur et de gloire. Pour une raison qui n’a pas encore été expliquée, que je sache, cette lettre porte en suscription le nom inconnu de Bernard de Salignac. Mais il n’est pas douteux que Désiré Érasme n’en soit le destinataire.

En voici, traduits littéralement, les passages les plus dignes d’intérêt :

« J’ai saisi avec empressement cette occasion, ô mon père humanissime, de te prouver, par un hommage reconnaissant, quels sont pour toi mon profond respect et ma piété filiale. Mon père, ai-je dit ? Je t’appellerais ma mère, si ton indulgence m’y autorisait. Car ce que nous voyons des mères, qui nourrissent le fruit de leurs entrailles avant de l’avoir vu, avant de savoir même ce qu’il sera, qui le protègent, l’abritent contre l’inclémence de l’air, tu l’as fait pour moi, moi dont le visage ne t’était point connu, et dont le nom obscur ne pouvait t’être favorable. Tu m’as élevé ; tu m’as prêté les chastes mamelles de ton divin savoir ; tout ce que je suis, tout ce que je vaux, je le dois à toi seul. Si je ne le publiais hautement, je serais le plus ingrat des hommes. Salut encore une fois, père chéri, honneur de la patrie, appui des lettres, champion indomptable de la vérité. »

Cette lettre exprime, avec la grandiloquence que comportait alors le genre épistolaire, des