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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/42

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homme put-il commettre une telle méprise ? Il aimait l’antiquité ; l’amour rend aveugle et l’enthousiasme nuit à la critique. Nous devons nos connaissances des anciens à ces grands hommes de la Renaissance. N’abusons pas contre eux de ce qu’ils nous ont appris. Et, puisque les contemporains de Rabelais ne semblent pas avoir trop universellement contesté l’authenticité de ces deux pièces, ne faisons pas à l’éditeur un grief trop lourd d’une erreur que son époque avait peine à reconnaître. Enfin, si le grand Tourangeau ne se méfia pas assez des compatriotes du Pogge, ne donnons pas dans le travers opposé, ne péchons pas par trop de défiance et n’attribuons pas au Pogge lui-même les œuvres de Tacite.

Les Humanistes formaient, au seizième siècle, comme un État par le monde, la république des lettres. Le mot est du temps. Et le vieil Érasme de Rotterdam était le prince de cette république spirituelle. Rabelais, qui avait naguère souhaité très ardemment une lettre de l’illustre Guillaume Budé, saisit l’occasion qui lui fut offerte en 1532, à Lyon, de correspondre avec ce grand Érasme. Un prélat, ami des lettres, comme il y en avait tant alors, Georges d’Armagnac, évêque de Rodez, avec qui il venait de faire connaissance, le chargea, au mois de novembre, de faire parvenir à Érasme un exemplaire des œuvres de Flavius Josèphe. Rabelais accompagna cet envoi