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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/40

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Rabelais était lié d’amitié avec Étienne Dolet, de quatre ans plus jeune que lui ; au cours de ses travaux, il observa un petit poisson qu’il crut reconnaître pour être le garum, sorte d’anchois qui servait chez les anciens à préparer un condiment très recherché. Après divers essais, il se flatta d’avoir recomposé la formule de l’antique saumure et, l’ayant mise en vers latins, l’envoya à Dolet avec un flacon de Garum. Il est admirable de voir les curiosités encyclopédiques des humanistes s’étendre sur la gastronomie latine et les antiquités culinaires. Bons savants qui refaisaient, la plume à la main, les soupers de Lucullus et en réalité se régalaient chichement chez le traiteur d’une andouille ou d’une demi-aune de boudin. Encore leur fallait-il le plus souvent se contenter d’un hareng.

François Rabelais, à Lyon, se partageait entre l’hôpital et la boutique de Sébastien Gryphe. L’érudition le disputait à la médecine. L’érudition l’emporta, du moins un moment. Il s’absenta de l’Hôtel-Dieu sans congé, et, pour cette faute, fut immédiatement remplacé. Alors, pour vivre, il fit des livres qui se vendaient dans la boutique de la rue Mercière, où pendait un griffon pour enseigne. Ce griffon était l’emblème parlant de Sébastien Gryphe, imprimeur et libraire, venu de Souabe s’établir à Lyon vers 1524 et qui, quatre ans plus tard, était célèbre pour la beauté des textes grecs et latins sortis de ses presses.