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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/34

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Geoffroy d’Estissac aimait les humanistes et ne haïssait pas les réformateurs. Il y avait alors en France beaucoup d’évêques et de cardinaux qui protégeaient les savants et favorisaient la diffusion des textes profanes et sacrés. La Cour, jusqu’à cette date de 1524, était favorable aux nouveautés. La Réforme, qui était née en France avant Luther, n’avait pas de meilleure amie que la douce et pieuse sœur du roi, Marguerite d’Angoulême, duchesse d’Alençon, puis reine de Navarre. Le roi lui-même y inclinait. Les rois de France ont toujours résisté aux papes autant qu’ils l’ont pu et François Ier serait sans doute demeuré jusqu’au bout favorable aux réformateurs français s’il n’avait pas eu besoin du Saint-Siège contre Charles-Quint et les Impériaux.

La Sorbonne, les moines et le menu peuple tenaient, au contraire pour les vieilles mœurs et les vieilles croyances. Les petites gens des villes les soutenaient, les défendaient avec quel zèle, avec quelle fureur, on le verra bientôt. Aussi n’est-il pas surprenant que Frère François, suspect aux moines de Fontenay, ait été traité favorablement par l’évêque de Maillezais. Frère François était merveilleusement studieux. Nous savons par lui-même qu’à Ligugé, il travaillait au lit, dans sa petite chambre. Ce n’était point mollesse ; mais la chambre n’était pas chauffée. Les gens de ce temps-là n’avaient pour se garantir du froid que les courtines de leur lit et le man-