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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/31

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nouvelle est parvenue jusqu’à moi ! J’apprends que vous et Rabelais, votre Pylade, à cause de votre zèle pour l’étude de la langue grecque, vous êtes inquiétés et vexés de mille manières par vos frères, ces ennemis jurés de toute littérature et de toute élégance. Ô funeste délire ! Ô incroyable égarement ! Ainsi ces moines grossiers et stupides ont poussé l’aveuglement jusqu’à poursuivre de leurs calomnies ceux dont le savoir, acquis en si peu de temps, devait honorer la communauté tout entière !… Nous avions déjà appris et vu de nos yeux quelques traits de leur fureur insensée ; nous savions qu’ils nous avaient attaqué nous-même comme le chef de ceux qu’avait saisis, ainsi qu’ils le disent, la fureur de l’hellénisme, et qu’ils avaient juré d’anéantir le culte des lettres grecques, restauré depuis quelque temps à l’éternel honneur de notre époque…

» Tous les amis de la science étaient prêts, chacun dans la mesure de son pouvoir, à vous secourir dans cette extrémité, vous et le petit nombre de frères qui partagent vos aspirations vers la science universelle… Mais j’ai appris que ces tribulations avaient cessé depuis que vos persécuteurs ont su qu’ils se mettaient en hostilité avec des gens en crédit et avec le roi lui-même. Ainsi, vous êtes sortis à votre honneur de cette épreuve et vous allez, je l’espère, vous remettre au travail avec une nouvelle ardeur. »

Rabelais reçut du grand humaniste une lettre