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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/30

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prit un Virgile, glissa le doigt dans le livre fermé, l’ouvrit et lut à l’endroit ainsi marqué ce vers :

Heu ! Fige crudeles terras, fuge litus avarum !
Ah ! Fuis ces terres cruelles, fuis ce rivage avare !

Pierre Lamy et François Rabelais ne méprisèrent point les avertissements de l’oracle. Trompant leurs geôliers, ils échappèrent par une fuite prompte aux griffes des cruels farfadets et trouvèrent dans la contrée une retraite sûre, car ils y avaient des amis. L’état d’un religieux fugitif n’en était pas moins précaire et dangereux. Cachés on ne sait où, malades de tourment et d’inquiétude, ils font agir en leur faveur de puissants personnages et trouvent des protecteurs jusques auprès du roi.

Le grand Guillaume Budé, à qui ils ont écrit l’un et l’autre, leur répond avec l’éloquente et sincère indignation d’un helléniste qui voit des hellénistes frappés pour avoir cultivé les belles études par lui-même cultivées avec amour. Sa lettre, pompeusement indignée, est dans ce style ampoulé propre à toutes les épîtres des savants d’alors et dont Rabelais va nous donner bientôt d’assez beaux exemples. Car il cicéronisait au besoin. Voici, traduit en français, un passage suffisamment ample de la lettre de Guillaume Budé :

« Ô Dieu immortel, toi qui présides à leur sainte congrégation comme à notre amitié, quelle