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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/250

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franchement avoir l’esprit si folâtre que je ne me lassai jamais de le lire, et ne le lus onques que je n’y trouvasse matière de rire et d’en faire mon profit tout ensemble. »

Estienne Pasquier n’est pas le seul grave magistrat de son temps qui se soit réjoui et édifié en Rabelais. Le président de Thou, le grand historien, loue Rabelais d’avoir écrit avec la liberté de Démocrite et une gaîté bouffonne un ouvrage très ingénieux où, sous des noms fictifs, il met en scène tous les ordres de l’État et de la société.

Jacques de Thou ne tombait pas plus qu’Estienne Pasquier dans l’erreur de Montaigne qui ne voyait en Rabelais qu’un bouffon ; toutefois, quand il composa des vers latins sur l’incomparable auteur, se conformant à la tradition populaire, il en fit un joyeux buveur. L’ivresse du Silène de Chinon était matière à vers antiques. Ce fut en 1598 que Jacques de Thou composa les vers dont je parle, et voici dans quelle circonstance. S’étant rendu cette année-là à Chinon, il logea dans la maison paternelle de Rabelais, qui était devenue une hôtellerie. À la demande d’un compagnon de voyage, il fit des vers sur ce sujet et faisait parler l’ombre de Rabelais, réjouie de ce changement. Ce petit poème est agréable. Je vous en lirai, si vous voulez, une traduction française du commencement du dix-huitième siècle :