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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/25

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ment. Il disait que, les femmes bonnes étant rares, on ne doit pas faire des lois pour elles. Il les faisait pâtir pour les méchantes. Enfin, sans être l’ennemi des femmes, il n’était pas leur ami, puisqu’il n’était pas l’ami des grâces. Son livre fit quelque bruit. Aymery Bouchard, président du Tribunal de Saintes, très ami des cordeliers hellénistes de Fontenay et de Tiraqueau lui-même, entreprit de réfuter le De legibus connubialibus, dans un livre latin portant par un raffinement d’élégance un titre grec, Τῆς γυναικείας φύτλης, De la nature des femmes, apologie du sexe si durement traité par le juge de Fontenay.

Rabelais était l’ami d’Aymery Bouchard ; il était plus encore, ce semble, l’ami d’André Tiraqueau. Celui-ci consulta sur cette querelle de légistes le jeune cordelier, bien que ce ne fût pas matière de bréviaire.

Il y avait dans l’affaire un point obscur pour Tiraqueau. Aymery Bouchard disait dans son livre que les femmes l’avaient pris pour avocat, le chargeant de les défendre contre l’auteur du De legibus connubialibus. Le juge de Fontenay ne comprenait pas que les femmes eussent songé à prendre un défenseur dans un procès qui roulait sur un livre qu’elles n’avaient pas lu, puisqu’il était écrit en latin. Comment se savaient-elles attaquées ? se demandait anxieusement le juge de Fontenay. Sur ce point difficile, Frère François donna une explication dont Tiraqueau se tint pour satisfait.