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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/240

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Le temple où ils entrèrent était pavé de mosaïques représentant des pampres, des lézards et des colimaçons, que notre auteur décrit en homme qui a regardé des mosaïques romaines. Sur les voûtes et les murs, on voyait, pareillement en mosaïques, les victoires de Bacchus dans les Indes, et le vieux Silène en compagnie de jeunes gens agrestes, cornus comme des chevreaux, cruels comme des lions, toujours chantant et dansant la Cordace. La description de ces tableaux trahit un admirateur des ouvrages antiques et surtout un lecteur de Philostrate et de Lucien. Le nombre des figures, en même temps énorme et précis, soixante-neuf mille deux cent vingt-sept d’une part, quatre-vingt-cinq mille cent trente-trois d’une autre part, est tout à fait dans les procédés statistiques de Maître François. La lampe qui éclairait le temple, comme eût fait le soleil, avait la panse ornée d’une frise représentant un combat d’enfants. L’huile et la mèche en brûlaient perpétuellement, sans qu’il fût besoin de les renouveler.

Pendant que les voyageurs admiraient ces merveilles, Bacbuc, prêtresse de la Dive Bouteille, avec sa compagnie, s’avança vers eux, la face joyeuse et riante, les mena auprès d’une fontaine entourée de colonnes et surmontée d’un dôme qui s’élevait au milieu du temple, et, leur présentant des tasses et des gobelets, les invita gracieusement à boire. Et chacun des buveurs trouva