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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/24

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Que chacun découvre à son futur conjoint ses imperfections sans que pour cela la jeune fille doive se dévêtir devant son fiancé.

Le mari ne doit pas permettre à sa femme de se considérer comme son égale. Il se gardera pourtant de la frapper et de la maltraiter en quelque manière que ce soit ; car elle a deux vengeances toutes prêtes. L’une s’entend assez ; l’autre est le poison.

La femme a pour domaine le jardin ; pour outil la quenouille. L’époux peut prendre conseil de sa femme ; mais qu’il se garde de lui découvrir ses secrets.

Que ceux qui veulent être aimés de leur femme l’aiment en retour et lui soient strictement fidèles. Que les époux s’abstiennent de recourir aux incantations, aux philtres et autres sortilèges par lesquels on pense gagner le cœur. Que ce soit à force d’affection mutuelle et par d’autres moyens honorables qu’ils fassent entre eux naître, durer et croître l’amour conjugal.

Sans doute, le docte Tiraqueau ne traite pas les femmes comme on le faisait alors communément par toute la Gaule dans les contes et les farces : Il n’a pas le ton de l’auteur des Quinzes joies du mariage. Il veut être juste. C’est bien ce qui est grave. Être souverainement juste avec les femmes, c’est leur faire une souveraine injure. En dépit des louanges que lui donna Rabelais, Tiraqueau, en toutes choses, manquait de douceur et d’agré-