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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/239

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tion des sens, laquelle est plus manifeste dans l’ivrognerie qu’en toute autre passion, quelle qu’elle soit. Pareillement, vous ne seriez pas reçus au temple de la Dive Bouteille, après avoir passé sous la treille, si Bacbuc, la noble prêtresse, ne voyait du pampre dans vos souliers, ce qui signifie, au rebours, que vous avez le vin en mépris et que vous le foulez aux pieds.

Ils descendirent sous terre par un arceau peint d’une danse de femmes et de satyres, comme la cave peinte de Chinon, première ville du monde (voilà qui semble encore du Rabelais authentique). Au bas de l’escalier, ils se trouvèrent en face d’un portail de jaspe, d’ordre dorique, sur lequel était écrit en lettres d’or : Έν őίνω άλήθεια. Dans le vin la vérité. Les portes étaient d’airain, massives, à reliefs ciselés, et l’on voudrait y reconnaître un souvenir de ces portes du baptistère de ce beau San Giovanni de Florence, que Michel-Ange proclamait dignes d’être placées à l’entrée du Paradis, et que Rabelais avait admirées, pendant que Frère Bernard Lardon d’Amiens cherchait une rôtisserie.

Elles s’ouvrirent. Deux tables d’airain indien, de couleur azurée, s’offrirent d’abord aux regards des visiteurs, portant ces deux inscriptions :

Ducunt volentem fata, nolentem trahunt.

Ce que l’auteur traduit par : « Les destinées mènent celui qui consent, tirent celui qui refuse. »

Et cette sentence tirée du grec : « Toutes choses se meuvent à leur fin. »