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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/238

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les études et les périls de Frère François, et qui consulta les sorts virgiliens pour savoir s’il devait craindre les farfadets ? Quel autre que Rabelais a pu payer ainsi à l’ami des jeunes années le tribut du souvenir ?

Mais nous voici arrivés à l’oracle de la Dive Bouteille, qui est dans une île toute proche du Lanternois, où une sage lanterne conduit Pantagruel et ses compagnons. Ils passent d’abord par un grand vignoble fait de toutes espèces de vignes et portant, en toute saison, feuilles, fleurs et fruits. La lanterne savante ordonne à chacun de manger trois raisins, de mettre des pampres dans ses souliers et de tenir dans sa main gauche un rameau vert.

Au bout du vignoble s’élevait un arc antique, orné des trophées du buveur et qui conduisait à une tonnelle toute faite de ceps de vigne, chargés de raisins, et sous laquelle passèrent les compagnons.

— Sous cette treille, dit Pantagruel, n’eût jamais passé le pontife de Jupiter.

— La raison en est mystique, répond la très claire lanterne. En y passant, le pontife du maître des dieux aurait eu des raisins, c’est-à-dire le vin, par­-dessus la tête ; il eût semblé comme maîtrisé et dominé par le vin. Or, les pontifes et toutes personnes qui s’adonnent et se vouent à la contemplation des choses divines, doivent maintenir leurs esprits en tranquillité, hors toute perturba-