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Page:Anatole France - Rabelais, Calmann-Lévy, 1928.djvu/237

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une lanterne revêtue de cristal de roche, damasquiné et passementé de gros diamants. Les lanternes du sang royal sont garnies d’albâtre gypseux. Le reste, vêtu de corne, de papier, de toile cirée. L’une d’elles est de terre, comme un pot. C’est la lanterne d’Épictète qui, d’après Lucien, fut vendue trois mille deniers à un amateur.

Les Pantagruélistes dînèrent chez la reine et il semble bien qu’il s’agit ici d’un banquet philosophique, et que ces lanternes, ces flambeaux, représentent la sagesse et la vertu. Le banquet achevé, la reine donne à chacun de ses convives le choix de la lanterne qui le doit reconduire. Ici c’est Rabelais qui parle, et quel autre que Rabelais eût pu dire ce que vous allez entendre ?

« Par nous fut élue et choisie la mie du grand maître Pierre Lamy, que j’avais autrefois connue à bonnes enseignes. Elle pareillement me reconnaissait, et elle nous sembla plus divine, plus propice, plus docte, plus sage, plus diserte, plus humaine, plus débonnaire, mieux capable de nous conduire qu’aucune autre qui fût dans la compagnie. Remerciant bien humblement la dame reine, nous fûmes accompagnés jusqu’à notre navire par sept jeunes falots baladins, comme déjà luisait la claire Diane. »

Qui a pu écrire ces lignes exquises, sinon Rabelais ? Qui a pu rappeler dans cette docte allégorie la mémoire vieille de quarante ans du jeune moine qui partagea, dans l’abbaye de Fontenay,